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8 mars, Journée International de la Femme.
Portrait d’une Française du Vanuatu: Odile Guiomar

« Je suis née à Martigues, dans le sud de la France en 62, d’où mon accent de « Marseille » qui chante un peu, même sous la pluie.
Très vite, j’avais 2 ans, mes parents ont quitté la France pour l’Afrique, nous emportant dans leurs valises ma sœur et moi, pour nous offrir la plus belle enfance qu’il soit donnée de vivre.
Sur les plages de Madagascar puis du golfe de Guinée, au Gabon, mes parents m’ont appris à aimer les gens, à accepter les différences sociales et raciales, et surtout, passion de mon père : j’ai appris à naviguer…

Cet héritage paternel m’a entrainée sur à peu près toutes les mers du globe, sauf les extrémités glaciales. A 16 ans j’étais capitaine, et à 25 ans je partais en voilier sur les mers du sud, en famille, avec mon mari et mes 4 enfants.
Le but de ce départ était d’offrir à mes enfants la même enfance heureuse et libre que j’ai eu la chance de vivre, à la découverte de pays nouveaux, sur les plages blondes des îles du Pacifique.

D’une escale à l’autre la vie a filé sa trame, les enfants étudiant au CNED à bord, et prenant leur envol les uns après les autres.
Sur les routes de mer, un jour, il y a 11 ans, le Vanuatu a surgi de l’horizon, et ce fut pour moi une sorte d’aboutissement, l’arrivée d’un voyage infini : je retrouvais ici les parfums, les saveurs, et surtout les merveilleux sourires de mon enfance et décidais donc de rester là. Ce n’est pas facile de s’inventer un pays quand on a voyagé toute sa vie…
Finie l’errance en quête d’un rivage accueillant : j’y suis, j’y reste !!

Au cours de ces voyages, la vie n’a pas toujours été facile, quoiqu’on puisse penser du « bonheur sur la mer ». Et j’avais trouvé refuge dans l’alcool, refuge que j’ai brutalement quitté à Port Vila un beau jour de juillet 2009, et qui m’a poussée à créer le groupe VAA, Vanuatu Addict Anonyms, afin de guider tous ceux qui pourraient avoir envie d’en finir avec l’addiction, que ce soit l’alcool, le kava ou autre. Le VAA tire son nom de la pirogue polynésienne, qui permet de traverser les océans en quête d’une autre vie, meilleure tant qu’à faire…

Maintenant et depuis 7 ans je vis dans la foret tropicale, loin de la mer, mais elle ne me manque pas… les frondaisons du grand banian de la Maison du banian (www.lamaisondubanian.com ) ont remplacé les immensités océaniques sur lesquelles je naviguais autrefois, et je me perds avec délices dans les verdoiements indisciplinés de ce bout de foret caché dans un repli de terrain à quelques kilomètres de Port Vila.
J’ai trouvé la douceur de la vie à terre, je retrouve les gestes oubliés de mon grand père qui plantait son jardin potager, et le parfum des tomates mûres.
Je me suis prise de passion pour la photo, j’aime créer des objets à partir de matériaux naturels, j’ai écrit un livre de cuisine, bref, ma vie est pleine de nouvelles activités et de découvertes. De par mon travail dans la formation professionnelle, j’ai la chance de beaucoup voyager dans l’archipel du Vanuatu, et chaque mission est plus fascinante que la précédente, m’offrant la possibilité de découvrir de nouveaux paysages et de rencontrer de nouveaux amis dans l’archipel.

Suite au cyclone Pam, et face à l’absence d’adduction d’eau courante dans le village je décidais de créer une cagnotte pour financer une installation depuis mon propre puits. Mes amis et connaissances partout dans le monde jouèrent le jeu et après quelques semaines j’avais réuni assez d’argent pour lancer le projet. Travaillant les samedis matins avec les gens du village, nous avons mis plusieurs mois à mener à bien l’installation des 3km de tuyaux, la pose du système solaire au dessus du puits, Ralph Regenvanu nous a fourni la citerne de 6000l, et aujourd’hui, depuis 6 mois, c’est avec grand plaisir que je peux voir les enfants jouer à l’eau à chacun des 15 robinets disposés le long du village, et surtout les femmes, souriantes, qui n’ont plus à aller en bas de la colline chercher de l’eau et la ramener jusqu’à leurs maisons. »